Surmonter sa peur de l’engagement amoureux

Entretien avec la sexologue clinicienne et psychothérapeute, Vanessa Fourgues

La peur de s’engager dans une relation amoureuse peut se traduire pour certains comme une authentique phobie proche de la claustrophobie. Mais que faire lorsque, pour soi ou pour son partenaire, intimité est synonyme d’enfermement, et que la fuite semble la seule issue pour ne pas souffrir, ne pas vivre la peur d’être abandonné, ne pas subir un échec ou encore pour ne pas renoncer à sa liberté?

“La psycho-pop fait d’emblée référence aux hommes lorsqu’il est question d’engagement amoureux. En pratique, je vois autant de femmes que d’hommes aux prises avec “un pattern” de ce type ; pour des raisons somme toute parfois différentes, mais souvent similaires” explique Vanessa Forgues, sexologue clinicienne et psychothérapeute.

“Je vois des femmes qui ont été victimes d’infidélité et pour qui s’engager dans une nouvelle relation relève du défi ; l’inverse est vrai aussi. Je rencontre des hommes qui consultent parce qu’ils ne se sentent pas prêts à vivre la paternité, et qui sont anxieux à l’idée que la question surgisse s’ils s’investissent dans une relation sérieuse. Je rencontre des femmes qui expérimentent la même angoisse face à la maternité”.

La notion de répétition ; un signe qui ne ment pas 

La répétition de certains modèles relationnels voués à l’échec peut donner une bonne indication qu’il y a une véritable peur de l’engagement.

“Certaines personnes consultent parce qu’elles vivent des échecs amoureux à répétition. En creusant un peu, on s’aperçoit que par peur de s’engager, elles vont inconsciemment choisir des partenaires qui ne sont pas disponibles parce qu’ils sont en couple, instables ou qui vivent une transition importante” explique la sexologue.

“On voit souvent des gens qui vont s’impliquer dans une relation dans un contexte peu favorable à l’engagement, par exemple, une relation à distance ou un partenaire rencontré au cours d’un voyage ou d’un échange étudiant”.

Bien identifier la source du problème

Beaucoup d’hommes et de femmes pensent que leur partenaire est aux prises avec une phobie de l’engagement alors que ce n’est pas le cas. Leur peur de s’engager est plutôt liée au bonheur issu du couple. Comme la relation n’est pas satisfaisante, il y a réticence à aller plus loin dans la relation.

Il ne faut pas non plus interpréter les réactions de son partenaire, qui ne veut pas aller trop vite, comme étant synonyme de peur de l’engagement. Certains prennent du temps à s’investir. Ça ne veut pas dire qu’ils ont un problème d’attachement ou d’engagement.

Les origines de cette phobie

La difficulté de s’attacher à quelqu’un a souvent des racines dans l’enfance.

“Le problème peut venir du modèle familial ou d’un possible manque affectif durant l’enfance. Par exemple, un enfant qui a eu des parents qui ont répondu à ses besoins de façon inégale souffrira peut-être d’un trouble de l’attachement à l’âge adulte. Cet enfant devenu adulte risque de craindre l’abandon, autant en amour que dans ses relations amicales.”

Ne pas s’engager devient donc une façon de se protéger.

“Si j’abandonne l’autre en premier, j’ai du contrôle sur la fin de la relation. Je ne souffrirai pas de la rupture de la même façon que l’autre” explique Vanessa Forgues qui donne l’exemple d’un homme ou d’une femme qui vont sciemment stopper une relation pourtant harmonieuse et agréable.

La peur de s’engager est souvent liée à notre histoire personnelle et aussi à nos relations passées. “Une personne qui a vécu une ou des ruptures difficiles ou qui a été blessée dans une précédente relation sera peut-être craintive à l’idée de s’engager dans une future relation”.

Comment vaincre sa peur de l’engagement?

Pour vaincre sa peur de l’engagement, il faut d’abord connaître l’origine de cette peur.

“Il faut reconnaître les moments clés, ceux qui tendent à nous faire reculer dans une relation. Prenons l’exemple d’une femme qui redoute l’idée d’emménager avec son conjoint. Chaque fois qu’elle entend le mot cohabitation ou que le sujet est évoqué, elle panique et réalise qu’elle a tendance à trouver des “bibittes” par rapport à la relation” de dire la sexologue Vanesse Forgues.

Une fois les causes déterminées, il faut aller de l’avant et affronter ses peurs en expliquant à l’autre son comportement.

“On pourrait dire à l’autre qu’on apprécie beaucoup la relation, mais que l’idée d’emménager nous fait très peur. Le fait de se rendre vulnérable est déjà un bon signe d’ouverture et de désir de s’engager avec l’autre” de conclure Mme Forgues

Dans toute relation, qu’elle soit amoureuse ou amicale, rien n’est acquis et rien n’est définitif. On ne sait jamais où ça va mener. Rien ne sert donc de dire : on y va doucement, au jour le jour! C’est une évidence même qui au fond dénote une certaine peur de l’échec… donc de l’engagement. Dans la vie, rien n’est sûr. Il faut donc tenter sa chance, se dévoiler et vivre à plein les expériences que la vie nous présente.

Par Marie-Claude Veillette

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