Suis-je bisexuel(le)?

La bisexualité trouve des échos partout. Des vedettes hollywoodiennes comme Angelina Jolie ont fait leur coming out en affirmant être aux deux. D’autres comme Béatrice Martin, alias Coeur de pirate, se décrivent comme queer, c’est-à-dire « libre de genre ». Qu’en est-il exactement? Comment savoir s’il s’agit de bisexualité ou simplement de bicuriosité? Entretien avec la sexologue, psychothérapeute Josée Leboeuf.

Qu’est-ce que la bisexualité?

Complexe et se déclinant sous plusieurs formes et à différents degrés, la bisexualité est le fait de pouvoir éprouver de l’attirance sexuelle et/ou des sentiments amoureux pour des personnes des deux sexes.

Cependant, le degré d’attirance n’est pas forcément égal et peut largement varier.

Certains bisexuels ont une préférence pour un sexe, mais ne renient pas leur attraction pour l’autre sexe. D’autres n’ont pas de préférence et s’attardent davantage sur la qualité de l’individu que sur son genre.

« Je me réfère souvent à l’échelle de Kinsey — du docteur Alfred Kinsey — qui établit une échelle de gradation des orientations sexuelles possibles entre l’hétérosexualité et l’homosexualité. Certains sont bisexuels (50/50), c’est-à-dire qu’ils peuvent tomber en amour avec un être humain, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, et d’avoir une relation amoureuse et sexuelle avec cette personne. D’autres partageront leur vie avec un partenaire hétérosexuel, mais auront à l’occasion envie de relations purement sexuelles avec un partenaire de même sexe, ou de sexe différent dans le cas des homosexuels, affirme Josée Leboeuf.

La bisexualité est-elle innée?

C’est quelque chose qui n’a pas encore été prouvé scientifiquement, mais la sexologue, psychothérapteute, qui cumule plus de vingt années de pratique, nous fait part de ses observations.

« Tous les patients bisexuels ou homosexuels que j’ai rencontrés dans mon cabinet m’ont toujours dit : “Je l’ai toujours senti.” »

Pour nous aider à mieux comprendre, elle compare l’orientation sexuelle à la dominance latérale, c’est-à-dire au fait d’être droitier, gauche ou ambidextre.

« La dominance est là dès l’enfance. À une époque, on donnait des coups de règle sur les doigts des gauchers pour les forcer à devenir droitiers. Ils apprenaient à écrire de la main droite, mais au plus profond d’eux-mêmes, ils demeuraient gauchers. Ils revenaient naturellement à la main gauche pour se brosser les dents ou les cheveux par exemple. »

Comment savoir si je suis bisexuel(le)?

La sexologue explique que c’est quelque chose que l’on ressent rapidement au plus profond de soi, mais que c’est souvent après une phase d’expérimentation hétérosexuelle — à l’adolescence — que l’orientation sexuelle se définit et s’accepte.

« À l’adolescence, ceux qui se sentent attirés par les deux sexes iront la majorité du temps valider leurs sentiments en expérimentant d’abord des relations hétérosexuelles, puisque c’est mieux accepté socialement. Avec le temps, ils iront valider leurs doutes en expérimentant d’autres types de relations. »

Une affirmation que peut corroborer Coralie T., 24 ans.

« Je peux dire aujourd’hui que je suis bi, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai accepté facilement. Je m’en suis rendu compte vers 15 ou 16 ans et ça s’est confirmé avec les années. Je m’imagine tout à fait me marier et fonder une famille autant avec une femme qu’un homme. »

La bisexualité est-elle une transition de l’hétérosexualité vers l’homosexualité?

Pour certains, la bisexualité n’est qu’une phase transitoire entre une hétérosexualité insatisfaisante et une homosexualité qu’ils ne sont pas encore prêts à admettre. Une affirmation qui ne fait pas consensus, même auprès de la communauté des sexologues.

« Je dis : laissons donc les gens s’exprimer sur ce qu’ils ressentent et se définir eux-mêmes. Qui sommes-nous pour juger de l’attirance d’une personne vers un corps ou un cœur? Il est vrai que certaines personnes, qui ne veulent pas se définir comme homosexuel par crainte d’être jugé, peuvent jouer la carte de la bisexualité. C’est une réalité. Mais dire que la bisexualité n’existe pas? Qui sommes-nous pour juger… » constate la sexologue Josée Leboeuf.

Cette dualité, Joseph F. la vit au quotidien. Sa non-appartenance à un genre ou à une orientation sexuelle définie lui vaut toutes sortes de réactions.

« Parce que je me définis comme bisexuel, mes amis hétérosexuels sont convaincus que dans le fond, je suis un homosexuel qui ne s’assume pas. À l’inverse, pour les homosexuels, je ne suis qu’un lâche, un traître qui n’a pas le courage du sortir du placard », déplore l’homme de 34 ans.

La bisexualité est-elle plus simple à gérer pour les femmes?

Oui, d’abord parce que les femmes revendiquent plus volontiers leur bisexualité et que cette bisexualité alimente l’univers des fantasmes masculins!

« C’est sûr que la bisexualité féminine est mieux acceptée. Je ne veux pas généraliser, mais dans l’imaginaire collectif, lorsqu’on voit deux femmes s’embrasser, il y a quelque chose de beau, de sensuel. Lorsqu’on s’imagine un trip à trois, on pense plus naturellement à deux femmes et un homme. C’est un réflexe conditionné dès l’enfance. C’est normal pour deux petites filles de se tenir la main, de se donner des bisous et des câlins, de dormir dans le même lit lors d’un pyjama party. Pour les petits gars, c’est différent », relate Josée Leboeuf.

La bisexualité est-elle à la mode?  

Des vedettes féminines comme Lady Gaga, Angelina Jolie, Lily-Rose Depp et Megan Fox ont fait leur coming out. Avec toutes ces révélations, est-ce qu’il y a lieu de se demander si on n’est pas tous un peu bisexuel(le)?!

« C’est une question intéressante. Il y a une différence entre avoir le goût de faire l’amour avec une personne du même genre et être bisexuel(le)! Lorsqu’on est bicurieux, cela relève de l’expérience sexuelle et non pas du ressenti. Lorsqu’on est réellement bisexuel(le), c’est parce qu’on se sent comme tel ; un peu comme un droitier qui se sent droitier et non gaucher. »

Bisexuel, bicurieux, queer, hétéroflexible, homoflexible, cisgenre… autant de termes qui définissent l’identité ou l’orientation sexuelle et qui semblent trouver un certain écho auprès de la jeune génération.

Selon Josée Leboeuf, sexologue, psychothérapeute, les jeunes s’interrogent, ou du moins, s’intéressent plus à ces questions qu’il y a 10 ans. « Y en a-t-il plus ou est-ce simplement une plus grande ouverture qui permet une plus grande visibilité ou acceptation? Impossible de le dire. Il y a toujours eu des jeunes vraiment bisexuels et une part de jeunes qui se clament bisexuels pour toutes sortes de raisons : pour être différent ou pour s’affranchir de leurs parents. Ça relève davantage de l’expérimentation que de l’orientation intrinsèque. »

Que faire si je suis angoissé(e) à l’idée d’être bisexuel(le)?

Il est toujours possible de consulter un sexologue pour avoir un point de vue neutre ou entrer en contact avec des gens qui vivent la même chose, conseille la sexologue Josée Leboeuf.

« Je reviens avec mon comparatif avec la dominance latérale. La bisexualité fait peut-être de vous un être différent, mais on vit dans une société de plus en plus inclusive. Il faut essayer de vivre au mieux sa différence. Qu’est-ce qui vous ferait du bien? En parler? L’expérimenter? Rappelez-vous que ça ne peut qu’aller mieux avec le temps ».

Hétérosexuel(le), homosexuel(le), bisexuel(le) … peu importe le qualificatif qui vous définit, l’important, c’est d’être bien dans sa peau et de s’assumer pour ce que l’on est et ne pas se soucier du regard des autres!

Par Marie-Claude Veillette

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