savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

Présenté par Agrimon 

Petite fille d’asphalte, j’ai grandi à St-Hubert en banlieue de Montréal. J’ai eu une belle enfance en ville et je m’évadais en nature les fins de semaine et durant les vacances à notre chalet dans les cantons de l’Est. Mes parents travaillaient en informatique à Montréal. Tout le reste de ma famille avait des emplois plutôt urbains et à ma connaissance personne de près ou de loin n’avait une ferme.

À part admirer les champs dont j’ignorais totalement de quelle culture il s’agissait, en bordure de l’autoroute 10 sur notre parcours entre la maison et le chalet, je n’avais jamais côtoyé la campagne agricole proprement dite. Parfois quelques vaches broutaient dans certains de ces champs!

À l’adolescence je me suis rapprochée un peu de cette campagne puisque j’ai commencé à faire de l’équitation western pour le plaisir. J’ai même fait un peu de compétition donc j’ai croisé quelques taureaux et bovillons sur mon parcours mais encore là, rien de vraiment agricole. J’ai par contre toujours eu un amour inconditionnel pour les animaux, peu importe l’espèce ou la grosseur! J’ai donc décidé d’en faire mon métier.

J’ai étudié au cégep de St-Hyacinthe en technique de santé animale pendant 3 ans sans jamais côtoyer qui que ce soit de mes voisins à l’ITA. À l’époque j’étudiais dans un domaine que j’adorais et j’avais un chum urbain, j’étais comblée! En 3e année ma vie a complètement basculée. Pour faire une histoire courte je me suis séparée. Comme ma meilleure amie était tannée de me voir déprimée, elle m’a fait un profil sur Réseau Contact et voilà qu’en janvier 2004, j’allais rencontrer pour la 1ère fois, un pur inconnu du nom de Rémi.

Ce beau grand jeune homme de 20 ans, 6 pieds 1 avec une carrure d’armoire à glace était rien de moins qu’un producteur laitier. Ce fut le coup de foudre! Il m’a amené dans son monde, un monde fascinant dont je suis tombée sous le charme! Six mois plus tard, j’emménageais dans la maison de ferme de ses grand-parents en campagne! Qui prend mari, prend pays, mais croyez-moi, partager sa vie avec un producteur laitier, c’est tout un pays!

Presque 15 ans se sont passés depuis cette fameuse rencontre qui a chamboulé ma vie. Pendant ces années, j’ai travaillé comme technicienne en santé animale dans une clinique vétérinaire. J’ai obtenu un diplôme d’études professionnelles en production laitière, je me suis mariée et j’ai eu 2 merveilleux enfants.

En novembre 2017, j’ai décidé de faire le grand saut. J’ai laissé tomber mon emploi des 12 dernières années pour travailler à temps plein sur la ferme de mon mari. Jusqu’à tout récemment, j’avais, comme la plupart des femmes qui viennent d’un autre milieu, le syndrome de l’imposteur. Oui je travaille en agriculture mais j’avais de la misère à dire que j’étais une agricultrice! J’étais plutôt une technicienne en santé animale qui travaillait en agriculture. Mes racines ne viennent pas de là, comment pouvais-je me donner ce titre, d’autant plus que je suis seulement une employée. Le titre d’agricultrice était à mes yeux réservé aux propriétaires d’entreprises agricoles qui venaient d’agriculteurs de génération en génération. C’est tout de même ironique venant d’une fille qui siège depuis le mois de septembre au CA des agricultrices de la Montérégie Est! J’essayais de me convaincre que j’étais une vraie agricultrice à part entière mais mon cœur se sentait toujours imposteur!

Il y a quelques semaines, une banale photo a tout changé. Ma mère m’a envoyé le plus beau cadeau qu’elle aurait pu me faire, une photo qui me permettait enfin de me sentir une vraie agricultrice! Sur la photo on voit mon arrière grand-mère Berthe Carrière, qui est debout derrière un tracteur! Imaginez-vous donc que mon arrière grand-mère était non seulement agricultrice, mais aussi productrice laitière! Moi, la petite fille de ville, avait des ancêtres qui venaient de la vraie campagne, des agriculteurs! Je veux maintenant dire au monde entier que je suis une agricultrice, une productrice laitière et que je vais faire honneur à mon arrière-grand-mère et tous les autres agriculteurs de ma lignée! Après tout, si mes enfants ont la fibre agricole et veulent devenir agriculteurs, ça vient peut-être des gènes de leur mère!

Écrit par: Christine Aubin

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