Rencontrer après avoir
perdu son conjoint

Perdre son conjoint(e) à la suite d’une longue maladie, de façon tragique ou dans d’autres circonstances, c’est comme un raz-de-marée qui balaie tout sur son passage. Comment survivre à cette disparition de l’être aimé — que l’on n’a pas souhaitée —  et surtout, accepter l’idée de refaire sa vie avec quelqu’un d’autre? Voici les témoignages d’un homme et deux femmes qui ont surmonté cette onde de choc.

Accepter l’inconcevable

Nathalie P. avait 27 ans le jour où elle a appris le décès tragique de son mari, victime d’un accident de travail.

« J’ai reçu un appel d’un ami ambulancier qui m’a dit qu’un accident avait eu lieu à l’usine où Paul travaillait. Il m’a dit de récupérer sa carte d’assurance maladie et de me rendre à l’hôpital. Lorsque je suis arrivée à l’admission, j’ai vu l’aumônier qui nous avait mariés et qui avait baptisé notre fils Maxime ».

L’espace d’un instant, elle comprend.

Sa vie bascule, lorsqu’on lui confirme l’inconcevable : son amoureux, père de son petit bonhomme de 18 mois, a succombé à une hémorragie interne.

« J’ai demandé à le voir. Comme il n’avait qu’une entaille au niveau du cou, il semblait dormir. C’était irréel. Je me répétais que ce n’était pas possible ; que j’avais seulement 27 ans et un petit garçon d’un an et demi! »

Apprendre à vivre sans l’autre

Les mois qui ont suivi ont été difficiles pour Nathalie P.

« J’ai dû faire mon deuil et apprendre à vivre seule entre 4 murs », raconte-t-elle.

Sandra G. a elle aussi dû faire son deuil et réorganiser sa vie après le décès du père de ses enfants en bas âge.

« J’étais séparée de mon conjoint depuis 6 mois lorsqu’il est décédé dans un accident de mine. J’ai dû faire le deuil du père de mes enfants. Ç’a été épouvantable. Je venais de perdre tous mes repères. »

Elle a dû se rendre à l’évidence : elle devrait dorénavant assumer seule la destinée de sa famille.

« Du jour au lendemain, mes enfants sont devenus mon ultime priorité. J’étais seule. J’avais des responsabilités. Je devais être “top shape” et me donner à 100 %. Dès que je fréquentais quelqu’un, on me disait : “Ah, tu as tes enfants à temps plein”. Ça devenait un obstacle. D’un autre côté, je n’étais pas prête à ce qu’un homme prenne trop de place et fasse de la discipline auprès de mes garçons. »

La pression de l’entourage

Jeune veuf après la perte de sa conjointe décédée d’un cancer du sein, Normand L. a vécu toutes sortes de réactions de la part de ses proches. Nombreux sont ceux qui l’ont poussé à rencontrer quelqu’un.

« On me disait : “Tu es jeune, c’est encore le temps de rencontrer quelqu’un. Ça te ferait du bien.” »

Il y a aussi ceux qui ont pris leurs distances.

« Ma souffrance dérangeait. J’étais aussi devenu celui qui arrivait non accompagné lors des soirées. »

Est-ce possible d’aimer de nouveau?

« Il est toujours difficile de répondre à une telle question, car chaque chemin est unique. Néanmoins, il semble que, dans la majorité des cas, le plus gros de la peine soit derrière soi 2 ans/2 ans et demi après le décès. Un apaisement peut survenir plus tôt, mais mon expérience de plus de 20 ans va dans le sens de ce délai » explique Christophe Fauré, psychiatre spécialiste du deuil.[1]

Mais la nouvelle relation n’est pas pour autant épargnée par les fantômes. Il arrive que celui ou celle qui reste culpabilise à l’idée de rencontrer quelqu’un ou qu’il ait tendance à comparer.

« Quand tu as vécu la “love story” avec quelqu’un, tu cherches toujours à revivre ça », affirme Sandra G., qui n’arrive pas à refaire sa vie. « J’ai le désir de rencontrer, mais je suis incapable de me donner à 100 %. »

Cette incapacité à s’abandonner, Nathalie P. l’a vécue.

« Ç’a m’a pris au moins 3 ans avant d’être prête à rencontrer quelqu’un. J’ai fait quelques rencontres qui ont échouées avant de m’embarquer dans une relation sérieuse. Je n’étais pas prête à me laisser aller de peur de tout perdre, encore une fois. »

Pour sa part, Normand L. a été frappé du syndrome du survivant ; un état qui l’a longtemps empêché d’aller de l’avant.

« Je me sentais coupable d’exister. Pour moi, et pas elle. »

Chacun son rythme

Plutôt que de trouver un(e) remplaçant(e) trop vite, il faut attendre d’être prêt(e) à accueillir quelqu’un, affirme Nathalie P. qui a accepté que son Paul ne reviendrait plus jamais.

« J’ai fait des changements dans la maison. J’ai rénové la chambre principale » confie celle qui est maintenant en couple et qui file le parfait bonheur.

Pour sa part, Sandra G. s’est jetée à corps perdu dans le travail et s’est investie auprès de ses enfants.

« J’ai une bonne job et des fils épanouis. Je n’ai pas encore rencontré le bon, mais je suis plus forte maintenant. Un jour peut-être… »

Et finalement, Normand L. a fait la rencontre d’une femme qui le comble au quotidien après avoir réussi à surmonter son sentiment de culpabilité.  « Je n’ai pas oublié, mais j’ai accepté de continuer à vivre! »

[1] https://www.lexpress.fr/styles/psycho/veuf-veuve-comment-faire-le-deuil-du-conjoint_1750403.html

Par Marie-Claude Veillette

Inscrivez-vous gratuitement

Entrez votre commentaire

Entrez un commentaire