Le ghosting ou quitter sans explications : une tendance?

Le ghosting — que l’on pourrait aussi appeler la technique du fantôme — c’est rompre avec quelqu’un sans avoir le courage de lui dire. Bref, c’est disparaître du jour au lendemain, sans plus jamais répondre aux coups de fil, aux courriels, aux textos et messages instantanés sur Facebook, etc. Malheureusement, à l’ère des communications numériques, ce genre de rupture sans explications est de plus en plus répandu. Pour les victimes, les conséquences peuvent être très douloureuses et difficiles à gérer.

Voici donc quelques pistes pour mieux comprendre ce phénomène.

Quelles sont les motivations des « ghosteurs »?

Beaucoup de personnes justifient le ghosting comme une façon d’épargner les sentiments de l’autre, comme Dany P. qui préfère parfois arrêter de répondre aux messages des femmes qu’il fréquente plutôt que d’être franc :
« Lorsque je n’ai plus envie de poursuivre la relation, à quoi bon blesser l’autre en lui disant ses quatre vérités ? D’ailleurs, je n’ai pas toujours d’explications précises à donner. Ça me semble plus simple de couper le contact, surtout lorsque la relation n’est pas sérieuse. »

Ce type de comportement qui scandalise et qui est souvent qualifié comme lâche, égocentrique et brutal, peut parfois sembler être la seule porte de sortie possible pour certaines personnes.

« C’est très difficile de se dégager, de se dire que l’on arrête, remarque le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Celui qui s’en va sent bien que cela va être un véritable arrachement. Mais même si c’est extrêmement douloureux, certains ne voient pas comment faire autrement. Ils n’en ont pas le courage et, surtout, ils savent qu’il existe cette possibilité de tout quitter ». Parfois, aussi, « on a besoin de s’imposer de cette manière-là, parce que l’on a l’impression que l’on va en “crever” si l’on se risque à une quelconque explication », analyse la psychanalyste Sophie Cadalen.[1]

Que ce soit pour sauver sa peau, par gêne, par peur de blesser, par crainte de subir les foudres de l’autre, et même par pur égoïsme parce que l’on ne ressent pas la nécessité de se justifier, le ghosting  n’est pas sans conséquence pour les victimes.

Ghoster, c’est en quelque sorte imposer le bâillon

Il est faux de penser que ces disparitions soudaines ne concernent que les conquêtes d’un soir. Marie C. en est la preuve vivante vivante.

Après sept ans de vie commune, son chum est parti en stage d’études à l’extérieur avec la promesse de revenir dans 4 mois. Tout allait à merveille, et puis pouf, plus de nouvelles.

« J’étais morte d’inquiétude. J’ai l’ai appelé, j’ai laissé des messages, textos, etc. J’ai finalement contacté ses proches — réticents à répondre — pour finalement comprendre qu’il avait probablement refait sa vie avec quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais compris pourquoi il m’avait laissée. Dix ans plus tard, ça me hante encore. »

La sexologue, psychothérapeute Josée Leboeuf explique que le ghosting est une violence silencieuse ; un véritable « acide relationnel »!

« Les gens qui vivent ce type de rupture se sentent dépossédés, et avec raison, de leur droit de parole. Ils n’ont pas pu demander pourquoi, poser des questions pour comprendre les raisons de cette rupture. »

Elle conseille à ceux qui en sont victimes de réclamer une dernière conversation — si possible — pour mieux faire leur deuil.

« Pas par message texte ou par courriel, mais de vive voix! Ça ne veut pas dire que l’autre vous dira toute la vérité sur les raisons de la rupture, mais au moins, il y aura un minimum d’explication. »

Et si on n’obtient pas de réponse? Comment fait-on pour se reconstruire, arrêter de culpabiliser et calmer le flot des questions qui nous taraudent l’esprit?

« Parfois, il faut seulement accepter et laisser le temps s’occuper du reste… prendre soin de soi, avoir de la compassion et de la bienveillance pour soi. Agir de manière engagée pour se créer une vie riche de sens pour soi, ce qui, par ricochet, enlève le focus sur l’autre… l’autre qui n’est plus là… » préconise-t-elle.

Des blessures difficiles à cicatriser

Le ghosting peut entraîner — chez la personne qui le subit — une perte de confiance en soi et une profonde dévalorisation comme pour Nadège M. qui cumule les relations qui se terminent par une disparition fantôme.

« Je suis anéantie par ce manque de civisme. Ça ne se fait pas d’arrêter de donner des nouvelles du jour au lendemain lorsqu’on est en relation avec quelqu’un. C’est un manque de respect total. Dès qu’un homme s’intéresse à moi et que c’est réciproque, j’ai une peur panique qu’il finisse par me quitter sans laisser d’adresse. Mes relations amoureuses, et même amicales, sont devenues plus problématiques. J’ai moi-même développé une peur de l’engagement. C’est triste, mais c’est la pure vérité. Pourquoi ne pas être sincère les uns envers les autres? » se questionne la jeune femme de 28 ans.

L’instantanéité avec laquelle on peut connecter — et déconnecter! – avec les autres a amplifié le phénomène de ghosting.

Les téléphones intelligents, les réseaux sociaux, les sites de rencontres en ligne nous servent généralement de façon positive, jusqu’à ce que le seul moyen envisagé soit de disparaître pour couper la possibilité d’être rejoint à toute heure du jour et de la nuit.

Robert B. a vécu cette forme d’abandon numérique.

« J’ai rencontré une femme en ligne qui s’est rapidement accrochée à moi. Elle me textait des petits mots d’amour du matin au soir. Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises. Nous avons même passé une nuit ensemble. J’étais convaincu d’avoir trouvé la perle rare et cette perle s’est évaporée dans la nature. Disons que c’est ordinaire. J’aurais préféré qu’elle soit franche avec moi. »

L’honnêteté a toujours meilleur goût!

Avant de disparaître sans laisser d’adresse, pourquoi ne pas essayer de se mettre dans les chaussures de l’autre et se demander ce qui serait préférable selon nous? Être honnête et dire simplement que l’on souhaite mettre fin à la relation ou disparaître à tout jamais?

C’est vrai que la vérité est parfois difficile à dire sans culpabiliser et que l’explication peut être dure à encaisser lorsqu’on est celui/celle qui se fait laisser, mais en fin de compte, le deuil sera plus facile à faire.

Comme tout est dans la manière, il vaut mieux rompre en personne, surtout si la relation perdure depuis un certain temps. Si la relation est récente, un appel, un courriel ou à la limite un texto empreint d’empathie peut peut-être faire l’affaire. À vous de juger!

[1] http://www.psychologies.com/Couple/Crises-Divorce/Separation/Articles-et-Dossiers/Ghosting-la-rupture-sans-explications

Par: Marie-Claude Veillette

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