Ils s’aiment mais ne font plus l’amour

Entretien avec la sexologue clinicienne et psychothérapeute, Vanessa Forgues

Certains couples continuent de s’aimer même s’ils n’ont plus de relations sexuelles. Ils s’embrassent, se câlinent, se tiennent par la main en public, dorment ensemble, mais ne ressentent pas le besoin de faire l’amour à proprement parler. D’autres ont moins d’intimité physique, mais ils ont développé une complicité qui fait d’eux des partenaires soudés.
Bref, ces couples, plus nombreux qu’on ne le croit, ont trouvé un équilibre conjugal exempt de relations charnelles.

Est-ce vraiment possible de faire durer son couple sans sexualité?

“Oui absolument” répond Vanessa Forgues, sexologue clinicienne et psychothérapeute qui explique que cela varie d’un couple à l’autre en fonction de l’importance que prend la sexualité.

“Il y a des couples qui n’ont pas de sexualité dite génitale, mais qui fonctionnent très bien. Il y a, pour certains couples, présence d’une intimité sexuelle incluant beaucoup d’affection et de tendresse, ainsi qu’une profondeur dans les échanges. Par conséquent, ils n’ont pas l’impression d’être des colocataires, mais des amoureux à part entière” précise-t-elle.

Une large portion des couples qui n’ont pas, ou que très peu de rapports sexuels, vivent leur intimité relativement sereinement. D’autres sont plus sensibles au regard des autres. Ils craignent d’être étiquetés comme “hors norme” dans une société où la sexualité et la jouissance sont adulées.

“Certains me consultent juste pour savoir s’ils sont normaux », affirme Mme Forgues qui indique que la baisse du désir est souvent interprétée, à tort, comme une baisse d’amour. « Il ne faut pas mélanger amour et désir. Ce n’est pas la même chose. On peut désirer sans aimer et aimer sans désirer.”

On ne fait plus l’amour, est-ce qu’on doit s’inquiéter?

“Je n’aime pas trop le verbe “s’inquiéter””, dit la sexologue. “Cela dépend toujours de comment on le vit.”

Elle invite par ailleurs les gens à faire la distinction entre la sensualité et la sexualité.

“Je vois des couples qui ne font plus l’amour (pas de pénétration ou sexe oral), mais qui se touchent et se disent des mots d’amour. Tant que les deux partenaires vivent bien cette absence de sexualité, il n’y a pas lieu de s’alarmer. Par contre, si un des deux en souffre, ou même que les deux en souffrent, il faut essayer d’en parler pour identifier ce qui a mené à cette panne de désir ou à l’arrêt de la sexualité.”

L’arrivée d’un enfant dans le couple, la maladie, la ménopause, une surcharge de travail, des horaires de travail différents, une situation de deuil personnel ou professionnel (décès, perte d’un emploi, etc.) sont autant de raisons qui peuvent affecter la libido.

Rependre une sexualité après des mois d’abstinence…

Une forte majorité de couples a déjà vécu des pannes de désir temporaires. Lorsque l’abstinence s’éternise pendant des mois, voire des années, comment arrive-t-on à reprendre une sexualité plus régulière? Est-ce faisable? Comment y arrive-t-on?

“Tout est possible, mais il est vrai qu’après une abstinence prolongée, un certain malaise peut s’installer. Une pression par rapport à la performance est aussi rapportée, surtout chez les couples où il y a des problèmes de dysfonction ou de troubles sexuels” de dire Vanessa Forgues.

La sexologue suggère alors d’y aller étape par étape, en réapprenant à toucher son partenaire, sans caresses génitales au début — baisers, caresses, massages, mots doux, etc. question d’être davantage dans le moment présent et de diminuer le malaise initial.

Est-ce que la panne de désir est plus souvent féminine que masculine?

On peut affirmer sans se tromper que la libido des femmes connaît plus souvent des hauts et des bas. Mais les hommes aussi traversent des épisodes de panne sèche! Contrairement aux femmes, on l’accepte moins bien. On tolère mal que ça puisse être normal.

“Encore aujourd’hui, les hommes sont perçus comme des êtres toujours prêts à faire l’amour. Il est donc très difficile pour un homme de vivre une panne de désir, même ponctuelle » de dire la sexologue qui explique que pour éviter les conflits ou les suspicions de la part de leur partenaire « plusieurs hommes pourraient se forcer à faire l’amour ou encore éviter les situations d’intimité en se rendant physiquement indisponibles en rentrant tard ou en prétendant être malade ou fatigué par exemple.”

En matière d’amour, il n’y a aucune norme ; avec ou sans rapports sexuels

Rapports sexuels ou non, fréquents ou non, peu importe! Personne n’est devin en la matière. L’important c’est que les deux partenaires y trouvent leur compte. Ce qui entretient l’amour entre deux personnes, c’est l’affection, le respect, l’attention que les deux partenaires se portent ; les projets qu’ils ont à deux, le plaisir d’être ensemble. Bref, il existe mille et une façons, autres que la sexualité, de cimenter un couple. À vous de déterminer ce qui vous convient… à deux!

Par Marie-Claude Veillette

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