Il/elle ne veut pas d’enfant

Entretien avec la sexologue, psychothérapeute Josée Leboeuf

Vous en avez discuté à maintes reprises. Toujours la même réponse : “Non, je ne veux pas d’enfant.”

Devant une décision qui semble irrévocable, y’a-t-il un mince espoir que votre conjointe (e) change son fusil d’épaule? La sexologue, psychothérapeute Josée Leboeuf nous donne quelques pistes pour distinguer un “non” sans appel d’un “non” mitigé qui pourrait se transformer en « oui » moyennant certaines conditions ou assurances.

“Prenons l’exemple d’un couple dans la jeune vingtaine qui aborde la question des enfants. Si l’homme est catégorique lorsqu’il dit qu’il ne voudra jamais d’enfant et que de son côté la femme ne se voit pas passer sa vie sans vivre les joies de la maternité, je dis : “Tu prends une chance!” dans le sens où l’homme pourrait toujours changer d’idée, mais sa décision pourrait tout aussi bien être irrévocable” précise la sexologue.

Malgré leur point de vue divergeant à ce sujet, plusieurs couples restent ensemble, surtout les plus jeunes, mais dans bien des cas, la question revient les hanter, et ce, de façon plus intense lorsque l’horloge biologique de la femme commence à tourner.

“Dès 35 ans, la fertilité de la femme décroit. Plus on est proche de cette échéance-là, plus la question d’avoir des enfants se pose rapidement dans le couple. Chez l’homme, la paternité peut venir plus tard dans la vie, mais pour certains hommes ce désir de devenir père est très fort. Ils voudront rapidement savoir si leur partenaire partage ce même désir de devenir parent avant de poursuivre la relation.”

Ne pas se mettre la tête dans le sable

Malgré vos encouragements et votre patience, votre conjoint (e) n’arrive toujours pas à se faire à l’idée d’être parent? Son “non” semble catégorique, mais vous pensez pouvoir le ou la faire changer d’idée malgré tout? Prudence affirme la sexologue.

“Je vais me permettre un cliché… C’est malheureux, mais il existe encore des femmes qui pensent réussir à changer leur chum. Je m’explique. Même si cela fait 150 fois que l’homme dit à sa conjointe qu’il ne veut pas d’enfant, elle reste quand même en se disant qu’il finira pas changer d’idée, jusqu’à ce que leur couple éclate sous la pression. À cela je réponds : il n’y a pas de garantie hors de tout doute que votre conjoint changera d’idée un jour, mais il ne faut pas non plus vivre dans le déni au risque d’être frustrée et perdre de belles années” conseille Josée Leboeuf.

Un “non” mitigé?

À la question : veux-tu des enfants? Certains seront de prime à bord indécis.

“Dans leur réponse, on entend le doute… le “oui peut-être”. Ça se précise avec le temps, que ce soit positif ou négatif” de dire la sexologue.

Parfois, ce n’est pas le moment (on vient de finir ses études, on commence un nouveau travail), un des deux partenaires ne se sent pas prêt – un ou les deux partenaires sont encore très jeunes ou encore il/elle a déjà eu des enfants d’une union précédente et veux attendre un peu avant de se relancer, etc.

Dans ces cas très précis, l’espoir est de mise. Il n’est pas exclu que le “non” ou le “oui peut-être” se transforme en “oui!” lorsque les conditions gagnantes seront réunies.

Les questions à se poser

La notion de maternité ou de paternité peut être explorée de 3 manières différentes ; faire un bébé, avoir un enfant, fonder une famille. Au-delà de ces 3 concepts, la sexologue conseille de se projeter et de se demander comment on envisage sa vie avec un ou plusieurs enfants advenant une séparation.

“Considérant qu’un couple sur deux est voué à l’échec, avant d’avoir des enfants, il est sage de se demander comment on se sentirait si on devait élever un enfant seul (e). Certains ne se sentent pas capables d’assumer cette responsabilité en solo, alors que d’autres n’ont aucun problème avec cela bien au contraire. Ils sont 100 % certains de vouloir des enfants, peu importe les circonstances.”

  1. Faire un bébé

On ne se pose pas de question, on laisse la nature suivre son cours. “On ne se demande pas si on est avec le bon partenaire, si on a les moyens d’élever un enfant, si c’est bon moment pour mettre un bébé au monde, pour soi, pour l’autre, pour l’enfant à venir.”

  1. Avoir un enfant

Je veux un enfant, mon enfant. Il y a quelque chose de très égocentrique dans cette façon d’abord la maternité ou paternité. “L’enfant suivra mon mode de vie parce que c’est ma possession jusqu’au jour où il ne voudra plus m’écouter et voudra faire sa vie comme il l’entend.”

  1. Fonder une famille

La notion de partenariat est très présente. J’ai fait le bon choix de partenaire pour amener un nouvel être humain sur terre et l’élever. “J’aurai toujours un lien avec mon partenaire et nous serons assez mûrs pour remplir notre rôle de parent, peu importe ce qu’il arrive (deuil, séparation, etc.)”.

Les raisons évoquées pour ne pas avoir d’enfant

Différentes raisons peuvent expliquer le refus d’avoir un enfant. Parmi les raisons les plus souvent évoquées, la sexologue, psychothérapeute note :

  • Une mauvaise expérience familiale : un homme ou une femme qui a vécu de la négligence de la part de ses parents, des abus ou des lacunes importantes peuvent se montrer réticents à devenir parents. “Ils ont peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être de bons parents parce qu’ils n’ont pas été bien parentés.”
  • La carrière avant tout : leur vie professionnelle passe au premier plan. Ils aiment être libres.”L’idée d’aller chercher un enfant à la garderie à 16 h 30 ne les interpelle pas du tout.”
  • L’impact d’un bébé sur leur vie sexuelle : ils craignent que la venue d’un enfant ait un impact sur leur libido ou que l’enfant prenne trop de place et éloigne le couple sexuellement.
  • Les problèmes d’argent : ils pensent que l’arrivée d’un enfant aura un impact trop considérable sur leurs finances personnelles déjà précaires.
  • Une conscience planétaire : ils estiment qu’il y a déjà trop d’enfants sur terre qui souffrent de maltraitance ou qui sont dans des foyers d’accueil et ils refusent de mettre un enfant de plus au monde.

Il y a mille et une autres raisons possibles de ne pas vouloir d’enfant ou d’hésiter à en avoir. Quoi qu’il en soit, le mieux que vous puissiez faire, c’est de vous faire confiance. Si la maternité ou la paternité est un aspect essentiel à votre vie de couple, soyez honnête avec vous-mêmes et écoutez votre ressenti intérieur. Si votre partenaire refuse d’avoir un enfant, et que cela vous rend malheureux ou malheureuse de penser que vous ne connaîtrez jamais les joies de la paternité ou de la maternité, mieux vaut probablement mettre un terme à la relation et chercher un partenaire qui aura envie de vivre la même chose que vous. En respectant vos envies et vos désirs profonds, vous serez une meilleure personne et un meilleur parent!

Par Marie-Claude Veillette

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