Il m’a laissé pour un homme/elle m’a laissé pour une femme, je le prends comment?

Entretien avec François Renaud, sexologue

Être quitté (e) par celui ou celle qu’on aime, c’est déjà difficile à accepter. Quand notre amoureux ou amoureuse nous laisse pour quelqu’un du même sexe, une blessure d’amour-propre peut s’ajouter au sentiment de peine et d’incompréhension qui nous habite. S’en suit une série de questions comme : pourquoi moi? Qu’est-ce que j’ai fait? Est-ce qu’il ou elle ne m’a jamais vraiment aimé? Que vont penser les autres?

François Renaud, sexologue, nous donne quelques pistes de solutions pour traverser cette période de grand bouleversement.

Une période de remise en question

Une rupture est toujours difficile, mais on finit plus ou moins par l’accepter et la comprendre : l’autre a eu un coup de foudre ; le couple ne fonctionnait plus, etc. Mais lorsque notre partenaire nous avoue son homosexualité et met fin à la relation, la pilule est parfois plus difficile à avaler et c’est toute la relation que l’on remet en question avec des questions comme :

“M’a-t-il ou m’a-t-elle vraiment aimé?”

Le fait d’être attiré par les hommes ou les femmes ne veut pas dire qu’il ou elle ne vous a pas aimé et qu’il ou elle n’était pas sincère.
Il est inutile de se culpabiliser et de se demander a posteriori pourquoi on n’a pas vu les signes.

“Après coup, certains se repassent certains moments de la relation et disent : ah oui, cette fois-là… ma conjointe était très affectueuse avec telle ou telle femme ou mon conjoint avait les yeux qui brillaient en présence de certains hommes” affirme François Renaud, sexologue.

“Est-ce de ma faute?”

On ne choisit pas d’aimer quelqu’un du même sexe ou de l’autre sexe. C’est une orientation. Il ou elle ne l’avait peut-être pas accepté jusque-là ou n’en avait pas pris conscience, ce qu’une rencontre a pu l’aider à faire.

François Renaud, sexologue entend souvent des commentaires du genre : “Comment ai-je pu rester dans cette relation? Est-ce que je l’ai dégoûté des femmes? Est-ce que mon côté masculin l’a fait basculer, etc.”

On peut se sentir atteint dans sa féminité ou dans sa virilité, mais il faut garder en tête que l’orientation sexuelle ne peut être un choix et encore moins un choix en contre.

“Que vont penser les autres? Vont-ils me juger ou se questionner à propos de ma sexualité?”

Il faut se détacher des avis et des opinions de nos amis et de nos proches. Cela n’a pas d’importance. Il n’y a rien que vous ayez fait ou auriez pu faire pour éviter cette rupture. Pour vous libérer, vous pouvez en parler, mais avec précaution, et pas à n’importe qui.

“On peut parler de la rupture à des amis qui sont dans l’écoute, mais leurs commentaires risquent d’être teintés par la perception qu’ils ont de la sexualité. Par exemple, il est fréquent lorsqu’une femme laisse un homme pour une autre femme qu’on entende des commentaires comme : il n’était sûrement pas bon au lit ou elle n’a juste pas encore rencontré le bon” souligne François Renaud.

Une image de soi remise en question

Mon conjoint est devenu homosexuel ou ma conjointe lesbienne (silence). Cette réalité peut porter un dur coup à l’estime de soi et parfois même mener à une véritable crise existentielle.

“Certaines personnes en font une affaire plus personnelle. Elles vont se demander ce qu’elles ont fait de mal et aller jusqu’à penser qu’elles ont peut-être converti leur conjoint ou conjointe. D’autres prennent la situation avec plus de recul et finissent par se dire que de toute façon, elles n’auraient jamais pu, à long terme, satisfaire leur conjoint devenu homosexuel ou leur conjointe lesbienne” explique le sexologue.

Dans tous les cas, cette situation peut être douloureuse à gérer et il peut donc être approprié de consulter un professionnel qui aidera la personne blessée à démêler ses sentiments. Par ailleurs, une fois la colère atténuée, il est salutaire de revisiter la relation qui se termine et se remémorer les bons moments parce qu’il y en a forcément eu. Une fois ce — long — travail effectué, il faut prendre du temps pour soi, se chouchouter, comme lors de n’importe quelle rupture.

Par Marie-Claude Veillette

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