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Faire son coming-out :
est-ce différent selon l’âge?

Entretien avec Josée Leboeuf, sexologue, psychothérapeute

Il n’y a pas d’âge pour être soi-même, c’est un fait. Mais est-ce qu’il y a une règle d’or pour faire son coming-out? Quel est le bon moment pour dévoiler son orientation sexuelle? Entretien avec la sexologue, psychothérapeute, Josée Leboeuf.

Une question d’époque?

« Si je me réfère à ma pratique, la plupart des gens qui m’ont consulté m’ont dit avoir fait leur coming-out à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. La plupart ont le souvenir d’avoir eu une attirance pour une personne du même sexe dès l’enfance, comme un ou une camarade de classe, par exemple. »

La sexologue et psychothérapeute évoque d’emblée que l’époque dans laquelle nous vivons permet très certainement un coming-out plus précoce.

« Je ne dis pas que l’homophobie n’existe plus, mais la société est plus ouverte qu’avant. Les gens plus âgés, qui ont 60 ou 70 ans aujourd’hui, ont probablement vécu leur homosexualité différemment à une époque très judéo-chrétienne. Par peur d’être ostracisé, nombreux sont ceux qui ont attendu plus longtemps pour dévoiler qu’ils étaient gais, lesbiennes ou bisexuels », affirme Josée Leboeuf.

Être prêt à accepter les réactions

Avant de lever le voile sur son orientation sexuelle, la sexologue affirme qu’il faut être prêt à l’assumer à la face du monde, mais aussi à accepter les réactions de son entourage.

« Je pense d’emblée à un homme qui m’a dit un jour : “J’avais juste envie de le dire!” Oui, mais il faut garder à l’esprit que nos proches ne sont peut-être pas rendus à la même place que nous dans leur tête. Il faut donc respecter les réactions des autres. »

Et leur offrir d’en discuter davantage et en privé, conseille Josée Leboeuf.

« Bien que cela puisse être libérateur pour la personne de dévoiler son homosexualité, on ne peut pas juste “dropper” une bombe et dire : “Bon, je vous l’ai dit, achalez-moi plus avec ça!” Il faut être capable de dire : “On s’en reparlera en privé si tu veux.” »

Un coming-out progressif ou d’un seul coup?

Il n’y a pas de norme au niveau de l’âge pour faire son coming-out et il n’y a pas de norme sur la façon de le faire non plus. C’est une question de choix.

« Certains prennent l’approche graduelle, c’est-à-dire qu’ils décident d’en parler à ceux en qui ils ont vraiment confiance et qui ne les jugeront pas. Puis, ils attendent plus longtemps avant de le dire à ceux qui risquent d’avoir une réaction plus forte. Dans ce cas-là, ils vivent avec un secret en partie dévoilé pendant des années. D’autres, à l’extrême, vont l’annoncer durant le souper de famille le 24 décembre!  Ils veulent en finir une fois pour toutes! »

Parmi les raisons objectives qui poussent un certain nombre d’homosexuels et de bisexuels à rester dans le placard plus longtemps ou de dévoiler leur orientation sexuelle petit à petit, il y a bien sûr la pression sociale, les attentes de la famille, mais aussi la peur d’être mis à l’écart au travail.

« C’est parfois difficile de révéler son orientation sexuelle dans un monde où l’hétérosexualité est présumée, surtout en milieu de travail. Les gens ont peur d’être jugés. Ils sentent qu’ils devront se justifier. »

Est-ce plus difficile de faire un coming-out tardif?

Lorsque l’on avance en âge, notre bagage de vie est plus important. Par exemple, certains homosexuels ont déjà été en couple avec un partenaire hétérosexuel avec qui ils ont peut-être eu des enfants. Il peut aussi y avoir des petits-enfants issus de cette union.

« Lorsque l’on fait son coming-out à 20 ans, il n’y a pas trop de conséquences. Mais lorsqu’on est plus vieux, on a une vie en arrière de la cravate. Les réactions de l’entourage peuvent être plus vives. Il peut y avoir plus d’incompréhensions. Prenons l’exemple d’une femme qui apprend que son conjoint est homosexuel après des années de vie commune. Elle pourrait se dire que durant toutes ces années de non-dit, son partenaire ne l’a pas désirée tant que ça. Il y a un deuil troublant à gérer dans cette réalité. »

La sexologue parle aussi des projets de vie qui peuvent être bouleversés.

« Prenons l’exemple d’une femme qui ferait son coming-out à 40 ans en annonçant à son partenaire qu’elle est bisexuelle, bien qu’elle soit heureuse en ménage. Lorsqu’ils se sont connus, son conjoint n’avait sûrement pas dans l’idée de devoir la partager avec une autre femme un jour. Des remises en question sont inévitables », prévient Josée Leboeuf.

Pour certains, ça se passe bien. L’entourage réagit mieux que ce qu’ils avaient anticipé. Pour d’autres, leur coming-out les a relégués au rang de paria.

« Il peut y avoir des fermetures affectives très difficiles à vivre. Certaines personnes peuvent en arriver à s’expatrier devant le rejet de leur famille. »

Un cheminement progressif

Pour certains, leur orientation sexuelle a toujours été une évidence. Pour d’autres, elle s’est confirmée à la suite d’une expérience hétérosexuelle insatisfaisante, ou au contraire, d’une expérience homosexuelle plaisante.

« La plupart des homosexuels que j’ai vus en consultation s’en doutaient depuis l’enfance, souvent vers l’âge de 5 ou 6 ans. Ils le savaient dans leur tête, mais il y a une différence entre le savoir et le sentir. C’est souvent lors du premier contact physique que ça se confirme », précise Josée Leboeuf, sexologue, psychothérapeute.

Bien qu’il soit différent pour chacun, le chemin menant au coming-out, n’est pas un long fleuve tranquille. L’important est de mettre au grand jour son orientation sexuelle lorsqu’on se sent prêt à le faire, et qu’on est en mesure d’accueillir les réactions des autres. Une dernière chose : « dévoilez ou annoncez-la » — « ne l’avouez pas ». Vous n’avez commis aucun crime!

Par Marie-Claude Veillette

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