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Comment annoncer à mon partenaire que je souhaite changer de sexe?

Entretien avec François Renaud et Mériza Joly, sexologues

Imaginez qu’un beau matin, l’homme de votre vie vous annonce qu’il veut devenir une femme ou l’inverse. C’est une déclaration choc qui provoque une secousse dans le couple, mais qui donne aussi lieu à de belles histoires d’amour et d’amitié. La transidentité, ce n’est pas un choix, ni une maladie, mais plutôt la conviction d’être né dans le mauvais corps à la naissance. Deux sexologues, qui interviennent régulièrement auprès d’une clientèle trans, s’expriment sur la façon d’annoncer à son entourage que la nature s’est trompée et que l’on souhaite changer de sexe.

Un coming-out extrême

Annoncer son intention de changer de sexe, c’est exactement comme faire un coming-out, mais un coming-out qui provoque des réactions vives, comme l’explique le sexologue François Renaud.

« Certains vont le vivre comme un deuil blanc. Des parents vont dire : “J’ai perdu un fils. Je gagne une fille” ou l’inverse. Pour les conjoints hétérosexuels ou homosexuels, c’est similaire, mais parfois la réaction est agressive au plan émotif.  Ils se sentent trahis et vont y aller de commentaires comme : “Tu le savais depuis longtemps et je ne l’ai jamais su. Tu m’as menti(e) toutes ces années.”, “Comment oses-tu me faire ça?”, “Pense aux enfants…” »

Le sexologue nuance en précisant que les réactions ne sont pas toujours négatives. Il arrive très souvent que l’entourage réagisse bien une fois le choc passé, même ceux qui sont touchés de plus près comme les conjoints et conjointes.

Un sujet tabou

Comme la transidentité est un sujet délicat à aborder, bon nombre de personnes trans ne savent pas toujours par où commencer et amorcent leur coming-out dans le bureau du thérapeute, comme l’explique la sexologue Mériza Joly.

« Je commence par demander à la personne qui me consulte à qui elle en a parlé. Je suis bien souvent la première. À part moi, il n’y a pas un chat qui le sait! Oui, la personne peut en avoir parlé anonymement sur des forums, mais c’est tout. Elle se retrouve en face de moi après avoir obtenu mes coordonnées à travers le réseau trans. »

Pour tempérer les réactions de l’entourage, la sexologue Mériza Joly suggère d’ailleurs aux personnes qui se questionnent sur leur identité sexuelle ou qui se savent trans de consulter un professionnel. Celui-ci pourra les aider à gérer leur culpabilité et parfois même leur honte, et surtout, à préparer un plan de match pour l’annoncer.

« Je demande toujours : “Qui dans ton entourage va le prendre le mieux? ” Ce n’est pas toujours le conjoint ou la conjointe. Ça peut être une sœur, un frère, une tante, bref quelqu’un qui lui porte un amour inconditionnel. Il faut commencer quelque part, se faire des alliés, puis construire sa nouvelle identité » explique la sexologue.

Être capable d’accepter les réactions

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons d’annoncer son désir de changer de sexe, ni de bon moment. Par contre, le sexologue François Renaud est d’avis qu’il est préférable de lever le voile sur ses intentions avant d’amorcer la transition et de le faire dans le respect.

« Je suggère de faire part de son intention de changer de sexe à son partenaire de vie et ses proches avant d’amorcer la transition. On n’envoie pas un texto ou on ne lance pas une phrase du genre : “En passant, je suis allé(e) me chercher des hormones. Je change de sexe!” Je pense qu’il faut prendre le  temps de s’asseoir et d’en parler, et surtout, d’accepter et de comprendre les réactions.»

Mériza Joly, sexologue, affirme que plusieurs des personnes qu’elle a accompagnées ont fait leur coming-out par le biais d’une lettre.

« C’est une bonne idée, puisque de cette façon-là, tu n’es pas interrompu. Les personnes trans sont torturées à l’idée d’annoncer la nouvelle à leur partenaire. Elles ont peur de perturber leur entourage et de traumatiser les enfants. C’est une démarche très difficile. »

La peur d’être rejeté

Devant cette peur de faire souffrir les autres, d’être jugé ou d’être perçu comme un être anormal ou déviant, certains n’osent pas avouer directement leur dysphorie de genre.

« Ils sont incapables d’en parler. Par conséquent,  ils prennent inconsciemment de plus en plus de risques, jusqu’au jour où ils se font prendre. Ce n’est pas la meilleure façon de faire. Le sentiment de trahison est plus grand », affirme François Renaud, sexologue.

Que la dysphorie de genre soit déclarée ou mise au jour par hasard, elle causera des turbulences, tant pour la personne trans que pour le conjoint, la famille ou les amis.

« Même si les personnes trans sont mieux acceptées, c’est encore quelque chose qui va à l’encontre des valeurs sociétales. Il y a beaucoup de stigmatisation au niveau social, tant pour la personne trans que pour le conjoint hétérosexuel ou homosexuel qui décide de rester dans la relation. Ils doivent affronter les remarques et les regards désapprobateurs », précise le sexologue.

Un changement irréconciliable pour le conjoint non trans?

Deux couples sur trois ne survivraient pas à l’annonce d’un changement de genre.

« Parfois, la personne en transition semble prête à accepter beaucoup de choses pour rester en couple. L’enjeu de la transition dans le couple, ce n’est pas seulement d’être toléré.  Être en couple, c’est s’attendre à être aimé, à être admiré et à être désiré. Dans ces moments-là, j’explique à la personne qu’elle mérite d’être avec quelqu’un qui l’aime, la désire et l’accueille inconditionnellement dans sa transidentité. Pour le ou la partenaire, c’est pareil. Chacun des partenaires mérite ce qu’il y a de mieux », nuance la sexologue Mériza Joly.

Dans plusieurs cas, le couple éclate et la relation passe d’une relation amoureuse à une relation d’amitié, comme l’a constaté François Renaud.

« La conjointe d’un de mes patients trans –  une femme dans la mi-vingtaine – l’a encouragé à effectuer la transition. Elle l’a soutenu, mais dès le début, elle a été claire en lui disant qu’elle n’était pas lesbienne, et que leur relation amoureuse devait s’arrêter. »

D’autres arrivent à un terrain d’entente pour différentes raisons.

« Certains conjoints hétérosexuels ou homosexuels avec une tendance bisexuelle arrivent à érotiser le nouveau corps de leur partenaire. Pour d’autres, ce n’est pas le corps qu’ils érotisent, mais plutôt la sensualité et la présence de l’autre durant les relations sexuelles. Certains vont décider de rester dans la relation, mais ils vont s’entendre pour vivre leur sexualité chacun de leur côté. Et finalement, il y a aussi la possibilité que la sexualité “prenne le bord” dans un couple où le sexe n’était déjà pas très présent. Tous les scénarios sont possibles », explique François Renaud.

Ne pas hésiter à consulter

Chaque personne est unique. Chaque parcours est unique. En cas de questionnement sur son identité sexuelle ou de troubles anxieux ou de dépression liés à une dysphorie de genre, il est recommandé d’aller chercher de l’aide auprès de professionnels qualifiés.

« Il ne faut pas oublier qu’il y a plusieurs coming-outs à faire : avec le conjoint ou la conjointe, avec les enfants, les amis et en milieu de travail. C’est mieux d’être accompagné lors de cette transition. Les proches qui apprennent la nouvelle sont aussi invités à consulter pour en parler et pour se défouler », de conclure Mériza Joly, sexologue.

Par Marie-Claude Veillette

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