Playboy, novembre 1984

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Playboy, novembre 1984Samedi dernier, chez un libraire d’occasion, je fouillais dans un stock de magazines lorsque j’ai découvert de vieux exemplaires de Playboy. Je me suis mis à feuilleter un numéro, celui de novembre 1984.

Novembre 1984. Je me suis demandé : « Qu’est-ce que je faisais à ce moment-là ? »

En novembre 1984, je venais d’avoir 13 ans.

C’est justement à l’âge de 13 ans que j’ai vécu mes premiers contacts avec la pornographie, chez l’un de mes amis dont le paternel oubliait parfois de cacher ses magazines XXX…

À l’époque, la simple photo d’une femme dévoilant ses seins me rendait complètement fou — comme tous les ados, j’avais les hormones au plafond. Mettre la main sur un Playboy était alors un événement aussi rare que très intense : les photos torrides me plongeaient dans une stupeur totale, j’en avais de la misère à dormir. Bandé comme un cheval !

Chez le libraire d’occasion dont je parlais plus haut, j’ai déboursé quelques dollars pour acquérir le Playboy de novembre 1984. De retour à la maison, j’ai examiné la précieuse relique d’un couvert à l’autre en essayant de me remémorer les émotions érotiques de mon adolescence. Un voyage dans le temps.

Un peu de sexe, beaucoup de texte

Ce qui m’a le plus frappé dans ce vieux numéro de Playboy ?

Une nudité bien sage. Sur les 224 pages du magazine, je n’ai compté que 29 pages avec de la nudité (partielle ou intégrale). Généralement, des femmes seules apparaissent sur les photos. Sur les 29 pages coquines, il n’y a qu’une poignée de couples qui copulent — et encore, ces mises en scène ne montrent que des partenaires couchés l’un sur l’autre, il n’y a pas de gros plans de pénétration et d’organes génitaux.

Playboy, novembre 1984

La sémillante donzelle qui a posé pour la couverture du numéro de novembre 1984 était habillée, outre ses cuisses — et encore, on n’en voit qu’une partie.

Particularité : les poils. Au début des années 1980, la pornographie ne rasait pas les pubis. Dans le Playboy de novembre 1984, il y a même une série de photos qui assimile les poils de pubis en liberté à une attitude punk.

Un contenu éditorial de qualité. Le texte vedette de novembre 1984 lève le voile sur une partie de la correspondance de Howard Hughes (le célèbre aviateur et homme d’affaires américain, 1905-1976). Le nouveau président du Salvador José Napoleón Duarte, au pouvoir depuis le 1er juin 1984, a accordé une longue entrevue à Playboy, et ce n’était pas pour parler de sexe.

Il y a aussi des chroniques, textes humoristiques, bandes dessinées et autres illustrations qui relèvent du meilleur journalisme américain. (Un cartoon m’a fait sourire. On y voit des Amérindiens en train de baiser en groupe et en plein air, joyeuse partouze pré-coloniale, et l’un d’eux se met à crier : « The Puritans are coming ! The Puritans are coming ! »)

Bon, c’est certain que les textes, photos et dessins d’un Playboy distillent l’idéologie Playboy : les femmes n’existent que pour combler les fantasmes sexuels des hommes. (Et une femme qui n’est pas sexy, fuckable, n’a aucun intérêt.)

Playboy a toujours été un magazine super macho, mais il s’imposait des standards de qualité. On pouvait l’acheter « pour les articles ».

Les temps sont durs…

Comparer ce Playboy de novembre 1984 avec les médias actuels, c’est le jour et la nuit.

Les magazines pour hommes, de nos jours, sont médiocres. Toujours aussi machos, mais sans envergure.

Et la porno du XXIe siècle est beaucoup plus violente, dégradante, trash et cheap que dans les années 1980.

Je ne voudrais pas être un ti-cul de 13 ans qui découvre la pornographie en 2013, en tapant quelques mots-clés dans un moteur de recherche web. Les résultats de la recherche seront probablement trop heavy… et trop faciles à obtenir, ce qui gâchera le plaisir.

Lorsque j’avais 13 ans, en 1984, il m’était très difficile de me procurer du matériel XXX. Seuls les adultes pouvaient en acheter, dans des commerces spécialisés. Ô plaisir coupable, à l’adolescence, de feuilleter un magazine cochon en cachette. Délicieux frisson de la transgression. Imaginaire érotique en émoi.

Aujourd’hui, la pornographie est démocratisée, banale, plus abrutissante qu’excitante. Le XXX est devenu hypersexualisation, nos pulsions sont hypersollicitées. Et l’imaginaire érotique ratatine.

En quelques décennies seulement, nous sommes passés d’un extrême à l’autre. Est-ce que nous avons évolué… ?

Vous en pensez quoi ?

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5 commentaires

  1. Je trouve que tout est trop cru aujourd’hui.

    Les filles ne sont plus charmantes ou même sexy, elles sont “baisables”

    La porno a tué l’érotisme. Si on s’affaire à émoustiller, agacer, titiller… ça tourne vite en devoir mettre les freins parce qu’on ne prend plus le temps de laisser monter le désir. Comme vous dites, on ne prend plus le temps de “virer fous” de désir au point d’avoir du mal à dormir et surtout d’apprécier ces moments-là qui, quand on y pense, n’arrivent pas si souvent au cours d’une vie!

    Une fois en couple, on s’est “goûtés”. Ce n’est plus pareil.

  2. Avez-vous déjà vu le film Zack et Miri font un porno ? Selon moi, ce film devrait être présenté à tous les adolescents. On voit bien la différence entre «baiser» et «faire l’amour». Je fais particulièrement allusion à la scène où Zack et Miri s’accouplent dans le cadre de leur film porno. C’est bien fait je trouve, on voit clairement la nuance entre le «baise performance» et «le plaisir amoureux». En plus, le film est ridiculement drôle. C’est tout à fait le genre de film qui conviendrait au livre «L’école des films » :)

  3. Pour ma part, j’ai été à cheval sur les 2 époques… J’ai connu Internet à 12 ans, right on time ;)
    Par contre, on peut oublier les vidéos… avec un modem 56k de simples images défilaient avec une telle lenteur… en espérant que personne ne décroche le téléphone dans la maison, sinon adios la connexion…

  4. Je pense aussi que la porno d’aujourd’hui est trop accessible et laisse peu de place à la tendresse et à l’amour, ce qui semble assez inquiétant pour l’équilibre affectif de ces futurs adultes.

    Mais je remarque que chaque génération prône que c’était donc mieux dans leur temps et soyez assuré que les ados d’aujourd’hui, lorsqu’ils seront adultes, diront la même chose de leurs enfants. Qui a tort et qui a raison, un débat sans fin sur l’évolution de la race humaine.

  5. Mon doux… les souvenirs que vous ramenez à la surface! Mais vous avez raison, avec internet de nos jours c’est beaucoup plus accessible aux jeunes. Je déplore le fait qu’il ne connaîtront jamais le feeling que ça fait de trouver une nouvelle cassette VHS dans la cachette de papa ;)

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