Tout le monde sait que lors du premier contact avec quelqu’un, nos premières impressions sont déterminantes. Mais qu’est-ce qui se passe dans notre tête, au juste, lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois ?
Voici une théorie en psychologie, le modèle du continuum*, que j’ai eu le plaisir de découvrir récemment.
À chacun son étiquette
Lorsque nous interagissons pour la première fois avec autrui, notre cerveau est bombardé d’informations. Nous classons automatiquement ces informations en fonction de nos connaissances, de notre vécu, de notre culture, de nos préjugés, etc. Un processus naturel d’étiquetage, de catégorisation.
Voici un exemple très simple (et caricatural). Vous apercevez un animal qui possède deux pattes, des ailes, des plumes, un bec, et qui fait piiit-piiit ? Votre cerveau le classe automatiquement dans la catégorie « oiseau ». Vous croisez un gros animal qui se tient sur quatre pattes, qui a des poils, des cornes, qui broute de l’herbe et qui fait mheeuu ? Votre cerveau le classe automatiquement dans la catégorie « ruminant ». Si vous avez la surprise de découvrir une bestiole qui a trois pattes, deux ailes, des écailles sur le corps, qui broute de l’herbe et qui fait wouf, votre cerveau ne peut plus catégoriser. Vous devrez faire un effort mental pour comprendre cet étrange animal.
En ce qui concerne les rencontres avec des humains, il nous arrive souvent de catégoriser selon des stéréotypes. Pour gérer les bombardements d’informations (et nous simplifier la vie), nous généralisons en fonction de préjugés.
Un comptable pas comme les autres
Mise en situation. Vous êtes une femme (hétéro). Dans une soirée, on vous présente un homme. En quelques fractions de seconde, vous assimilez plusieurs informations : il porte un veston-cravate trop sobre, chemise trop blanche, le pli de son pantalon est trop parfait, il n’y a pas un poil qui dépasse. L’individu a l’air tellement coincé… « On dirait un comptable », pensez-vous. (Inconsciemment, vous venez de catégoriser avec un stéréotype : individu coincé = comptable.)
Votre interlocuteur vous serre la main, « Bonsoir, je me nomme Michel », et il ajoute qu’il est… comptable. Intérieurement, vous vous dites : « Ah non, pas un comptable ! » Pour vous, tous les comptables sont des gens ennuyeux, bas bruns, politiquement conservateurs (et vous vous estimez progressiste, de gauche).
Avant même d’adresser la parole à ce comptable, vous avez donc une première impression — négative — basée sur un stéréotype.
Ce comptable s’assied en face de vous pour bavarder, il a envie de faire votre connaissance. Vous l’écoutez, seulement par politesse — vous aimeriez déjà être ailleurs. En fonction de ce que cet homme vous dira, vous vous forgerez d’autres impressions sur sa personne.
- Il se met à vous expliquer, sur un ton monocorde, que la saison des déclarations d’impôts battra bientôt son plein, qu’il s’attend à un gros volume de travail dans son cabinet, que les contribuables ignorent souvent les subtilités des lois fiscales et des nouveaux crédits d’impôts, etc. Vous vous contentez de lui répondre, avec un soupir d’exaspération : « Hé ben… » Pour changer de sujet, il vous demande ce que vous faites dans la vie. Vous lui répondez que vous êtes récemment retournée aux études, à l’université. Il en profite pour vous donner son opinion sur la grève étudiante du printemps dernier en soulignant que les protestataires n’étaient que des bébés gâtés, que le gouvernement du Québec n’a pas les moyens d’assumer la gratuité des études, qu’il fallait ramener la loi et l’ordre. Vous vous dites : « Les impôts, non mais quel sujet de conversation plaaaate… Et comme tous les comptables, il est politiquement conservateur. Au secours ! » Vous trouvez un prétexte pour mettre fin à la conversation.
- Autre scénario : après les présentations, le comptable se met à vous parler politique sur un ton passionné, se dit en faveur de la gratuité scolaire et du mouvement étudiant du printemps dernier, vous confie qu’il milite pour Québec solidaire et qu’il est en train d’écrire un livre sur les méfaits du capitalisme. Vous constatez aussi qu’il a un bon sens de l’humour. Vous êtes prise au dépourvu : « Un comptable progressiste ! Et sympathique, en plus. Est-ce possible ? » Vous continuez à bavarder avec lui, mais vous restez sceptique, vous essayez de trouver des indices qui confirmeraient ce que vous avez toujours cru des comptables, c’est-à-dire qu’ils sont conservateurs et ennuyeux. Puis vous cherchez à donner un sens aux opinions de ce comptable qui ne colle pas aux préjugés que vous entretenez sur les comptables (« Son choix de carrière est sûrement une erreur », « Il est l’exception qui confirme la règle », etc.).
- Suite du scénario précédent : après avoir bavardé politiques de gauche (ce qui vous étonne), le comptable vous pose des questions, s’intéresse sincèrement à votre personne. Gentlemen, il vous invite à danser. Il est drôle, attentionné, et il essaie de vous séduire. Vous vous dites : « C’est bien la première fois que je rencontre un comptable qui me plaît ! » Vous passez le reste de la soirée avec lui en oubliant vos préjugés.
Sans le savoir, vous avez parcouru le modèle du continuum.
Pour résumer :
- On vous présente quelqu’un. Immédiatement, vous avez une première impression basée sur un stéréotype. Cette personne vous donne des informations qui correspondent à votre stéréotype ? Votre première impression est confirmée… et vous n’irez pas plus loin.
- Si votre vis-à-vis vous fournit de l’information qui ne correspond pas à votre première impression, ça piquera votre curiosité. Vous chercherez quand même (et inconsciemment) à confirmer votre première impression. Si vous n’y parvenez pas, vous chercherez (inconsciemment toujours) une explication logique, un sens.
- Si l’autre vous surprend vraiment, vos défenses (et vos préjugés) s’effondrent.
Trois corps, trois personnalités
Il existe une foule d’autres facteurs qui contribuent à forger nos premières impressions (je ne peux évidemment pas les énumérer ici, ce serait trop long).
Par exemple, le psychologue américain William H. Sheldon a associé trois formes du corps humain à trois types de personnalité :
- une personne endomorphe (avec un corps mou en forme de poire, corpulente, aux muscles peu développés) sera jugée sociable, tolérante, de bonne humeur, extrovertie, etc.;
- une personne mésomorphe, aux épaules larges et au corps musclé, nous semble énergique, dynamique, autoritaire, agressive, etc.;
- une personne ectomorphe, mince et élancée, sera perçue timide voire inhibée, cérébrale, introvertie.
(Pour une illustration de ces trois corps, cliquez ici.)
Encore une fois, ce sont de premières impressions. Le défi, dans la rencontre, c’est d’essayer de relativiser nos premières impressions…
Sources
* S. T. Fiske, M. Lin et S. L. Neuberg, « The continuum model : Ten years later. Dual-process theories in social psychology », dans S. Chaiken et Y. Trope, Dual-Process Theories in Social Psychology, Guilford Press, 1999, p. 231-254. Pour un aperçu en français, voir le livre de Jacques-Philipe Leyens et Nathalie Scaillet Sommes-nous tous des psychologues ?, Éditions Mardaga, 2012. (Je me suis inspiré de ce dernier livre pour rédiger le présent billet.)
Pour en savoir plus
Mes billets « Le speed dating est partout » et « Décoder le langage du corps »
Pssst !
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J’aimerais avoir accès au français dans les vidéos sur le langage du corps… merci Louise
@ Désolé, je ne connais pas de version française de ces vidéos.
Hi hi j’aime les scénarios… J’ignorais pour les bas bruns…
En complément aux types de “morphes”, je vous suggère de lire le livre de Lise Bourbeau intitulé “Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même”. Elle établit un lien entre l’une ou l’autre blessure et la forme du corps.
Un autre de Philippe Turchet intitulé la “Synergologie”. Il analyse et interprète le langage corporel (pose du corps, regard, micro caresses ou micro démangeaisons). D’habitude c’est assez facile de savoir si quelqu’un s’emmerde en notre présence, alors là on a plus de chances de savoir si l’autre fait semblant! De toute façon le téléphone risque de ne pas sonner de toute façon.
Si la vue d’un type de “morphe” ou de “blessé” peut susciter une première impression même à 100 mètres, le second ouvrage que je recommande sert davantage une fois que l’interaction est commencée.
Et puis il peut toujours arriver qu’une personne commence à nous trouver des qualités quelques années après ses premières impressions…
Auteur
Jean-Sébastien Marsan
Auteur et journaliste
Jean-Sébastien Marsan est auteur, journaliste et rédacteur indépendant, à Montréal. Il a cosigné en 2009 l’essai Les Québécois ne veulent plus draguer (Les Éditions de l’Homme) et animé le blogue du même nom.
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Claudia Sofio
Sexologue B.A et Journaliste
Étant titulaire d’un baccalauréat en Sexologie et ayant poursuivi des études universitaires en Communication, j’écris depuis quelques années pour différentes publications, dont le magazine Femmes d’aujourd’hui (Fa), dans lequel je signe la chronique « La Sexo de Fanny ».
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